Le premier degré de l'homme intérieur ou nouveau - c'est Saint
Augustin qui parle - est que l'homme vit d'après l'image de gens
de bien et saints : il fréquente encore les chaires, se tient aux
murs et se rassasie avec le lait.
Le second degré est qu'il ne regarde plus dorénavant les modèles extérieurs, même des gens de bien, mais court et se hâte de lui-même vers la bonne doctrine et vers le conseil de Dieu et de la sagesse divine; il tourne le dos aux hommes et le visage vers Dieu. Il se sèvre du lait maternel et rit au Père céleste.
Le troisième degré est quand l'homme se soustrait de plus
en plus à l'emprise maternelle et demeure éloigné de
son sein : il échappe à la sollicitude et se dépouille
de la peur. S'il était aussi en état de faire du mal ou du
tort à n'importe qui, il n'en aurait pourtant aucune envie. Car il
est tellement lié à Dieu par l'amour de Dieu et se confie
en lui avec un tel abandon et un tel sérieux, que Dieu l'a établi
et installé dans la joie, dans la béatitude et le
ravissement : en sorte que ce qui est hétérogène et
étranger à Dieu et de mauvais goût lui devient insupportable.
Le quatrième degré est quand l'homme croît de plus en plus et prend racine dans l'amour, en Dieu, prêt en tout temps à prendre sur lui toute tentation et toute épreuve, contrariété et souffrance, et cela volontairement, volontiers et joyeusement.
Le cinquième degré est quand l'homme par lui-même vit partout dans la paix, se reposant tranquillement dans la plénitude, entretenant un commerce avec l'ineffable Sagesse.
Le sixième degré est quand l'homme est dépouillé et sublimé dans l'éternité de Dieu; quand il est arrivé au sommet de la perfection et a perdu le souvenir de tout passé de la vie temporelle et est élevé et transporté dans la similitude avec Dieu; quand il est devenu un enfant de Dieu.
Au delà, il n'y a pas de degré supérieur; il n'y a que repos éternel et béatitude. Car le but de l'homme intérieur et nouveau est : la vie éternelle.